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La fabrique des salauds - Chris Kraus - Belfond, 2019.

 

 

 

Dire que c'est un coup de coeur, ce serait indécent vu le sujet du roman.
Un coup de poing ? Certainement.
Un coup de maître ? Indéniablement.
Dans ma modeste vie de lectrice, je n'ai jamais rencontré un personnage qui m'ait inspiré autant de sentiments contradictoires : empathie et dégoût, attirance et répulsion, allégresse et abattement.
Cette curieuse alchimie, je la dois au talent de deux personnes. L'auteur, bien évidemment et j'y reviendrai. Mais aussi la traductrice, Rose Labourie. Elle a accompli un travail de réécriture exceptionnel. Tout au long de ces 880 pages, j'ai souvent pensé à elle. Bien que les phrases soient longues, elles ne sont jamais bancales et sont promptes à faire passer finement humour, cynisme et autres émotions. Les mots sont choisis avec soin, les métaphores sont très imagées et le style est soutenu sans être ampoulé.
Quant à Chris Kraus, à travers ce roman, il a voulu répondre à une question qui le taraude : comment la démocratie allemande actuelle a-t-elle pu se construire en dépit de l'intégration des anciens nazis ?
Le coup de génie de Chris Kraus, c'est d'inventer une saga qui couvre tout le vingtième siècle et raconte la vie d'une famille d'Allemands de Lettonie ayant appartenu au mouvement nazi pendant la seconde guerre mondiale.

Le coup de maître de Chris Kraus, c'est d'avoir choisi comme narrateur Konstantin Solm, LE lâche de la famille. C'est un esthète jovial, fainéant, égoïste, arrogant, devenu nazi « presque à son insu », « comme on prend une assurance-vie, simplement pour survivre ». Il ne veut pas faire de mal mais il devient le pire des salopards par amour pour les siens ou simplement par lâcheté. En réalité, sous ses airs de ne pas en avoir l'air, c'est un être totalement dépourvu de sens moral. Il est tellement persuadé qu'il est quelqu'un de bien qu'il va être recruté et utilisé par tous les services secrets du monde entier.
Il se retrouve à l'hôpital sur la fin de sa vie et décide de libérer sa conscience en se confiant à son voisin de chambre. Et c'est cette mise en abîme, cette distanciation, cette froideur par rapport aux faits racontés qui met le lecteur mal à l'aise, vous n'avez pas idée à quel point !
C'est un immense roman sur le dilemme moral, « l'ambivalence et la contradiction d'un personnage à la foi victime et bourreau ». Et comme tout roman hors du commun, le contenu est dense, les références historiques nombreuses mais la lecture est aisée car l'écriture est élégante.
Si vous vous sentez l'âme d'un marathonien de la lecture, que vous cherchez un roman différent sur la seconde guerre mondiale, passez de l'autre côté de l'Histoire pour voir comment on fabrique des salauds. Ce n'est pas beau à voir mais le voyage est fantasque, baroque, immoral et hautement instructif.

 

Quatrième de couverture

Une poignée de douleur et de chagrin suffit pour trahir, et une seule étoile scintillant dans la nuit pour qu’un peu de lumière brille par intermittence dans toute cette horreur.

 

Dans la lignée des Bienveillantes de Jonathan Littell ou de Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, un roman hors normes, une fresque exubérante et tragique, pleine de passion, de sang et de larmes, qui retrace tout un pan du XXe siècle, de Riga à Tel Aviv en passant par Auschwitz et Paris.

 

À travers l’histoire de Koja, Hubert et Ev Solm, deux frères et leur sœur, sorte de ménage à trois électrique, Chris Kraus nous entraîne dans des zones d’ombre où morale et droiture sont violemment bafouées, et dresse en creux le portrait d’une Europe à l’agonie, soumise à de nouvelles règles du jeu.

Une œuvre impressionnante, magnum opus sur le déclin d’une époque et la naissance d’une nouvelle ère.

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