Marie Curie prend un amant - Seuil, 2015
- Admin
- 13 avr. 2018
- 2 min de lecture


Plus je lis, plus je suis impressionnée par la capacité des romanciers (d'une romancière en l'occurrence) à nous fournir un éclairage différent sur l'Histoire. Je suis d'accord avec vous, Irène Frain n'a pas écrit un roman. Comme elle le dit elle-même, il s'agit d'une reconstitution d'un épisode de la vie de Marie Curie à partir des quelques documents qu'elle n'a pas jetés. Mais tout de même ! Je persiste à croire qu'il fallait une romancière de l'envergure d'Irène Frain pour arriver à gratter le vernis de l'icône Curie. Reconnaissons-le, la tâche n'était pas aisée ! Marie Curie ne supportait pas l'exposition médiatique, elle s'est efforcée à chaque minute de son existence de protéger sa vie privée contre vents et marées, allant jusqu'à détruire toute sa correspondance et à demander à ses amis de faire pareil. Si Marie Curie s'était donné comme objectif insensé de trouver quelques milligrammes de radium pur dans les centaines de kilos de pechblende qu'elle faisait chauffer dans la cour de son laboratoire, de la même manière, Irène Frain s'est obstinée à collecter patiemment toutes les données disponibles sur Marie Curie. Elle a passé le tout au crible de son intelligence et de sa sensibilité de femme pour en extraire la quintessence de la femme Marie Curie. Non une ixième image de la scientifique au visage impénétrable sur les photos mais au contraire un portrait sensible d'une femme confrontée aux plus durs préjugés de son époque profondément anti-féministe. Obstination féminine et talent. Deux termes qui les rapprochent. En effet, je trouve qu'Irène Frain réussit à merveille son travail d'équilibriste et évite avec brio le piège de la froide biographie. Elle m'a fait découvrir le travail et la vie de Marie Curie sous un autre jour, je suis entrée en empathie avec une femme ‘dans le respect de sa chambre secrète, où nul ne pénétrera jamais'. Un bel exercice de style assurément qui m'a procuré de bons moments de lecture aussi émouvants que captivants. Quatrième de couverture
Le 4 novembre 1911, un journal à grand tirage annonce une nouvelle extravagante : Marie Curie a un amant. La presse et l’opinion s’enflamment. Procès, duels, publication de lettres volées, l’ouragan médiatique est énorme. Marie manque d’y laisser la vie. C’est vrai, elle a une liaison. Veuve depuis cinq ans de Pierre Curie — le chercheur avec qui elle avait découvert le radium et reçu son premier prix Nobel —, elle s’est éprise d’un homme marié, Paul Langevin, ami d’Einstein, et lui aussi savant d’exception. Mais surtout elle dérange. Icône de la science mondiale, elle s’apprête à recevoir un second Nobel. Veuve, génie et amoureuse, c’en est trop. Comme le capitaine Dreyfus vingt ans plus tôt, on l’abrutit de calomnies. On va jusqu’à lapider sa maison. Au plus fort de la tourmente, elle reste fidèle à ses deux passions : Paul, l’amant, et Pierre, son mari tragiquement disparu. Quel secret les unissait ? Pour le comprendre, Irène Frain a interrogé des archives négligées, des photos méconnues, des lieux inexplorés. Et ressuscité, par-delà le thriller médiatique d’une modernité souvent glaçante, une femme-courage prête à tout risquer pour ceux qu’elle aime.