4 3 2 1 - Paul Auster - Actes Sud, 2018
- Admin
- 11 mars 2018
- 2 min de lecture


Abyssal, intersidéral, inénarrable. Mon vocabulaire est bien trop limité pour exprimer le vertige ressenti à la lecture de ce roman magistral.
Paul Auster s'était donné sept ans pour l'écrire, il n'en aura mis que trois. Trois années et 1016 pages pour inventer non pas une vie à Fergusson, son héros, mais quatre versions différentes des vingt premières années de sa vie. Le talent à l'état pur ! le multivers version Paul Auster ou comment illustrer les différentes tournures que la vie d'un jeune homme peut prendre suite à un événement malheureux dans sa famille. Vous me suivez ?
Et si je vous dis en plus que toutes ces vies possibles se déroulent en parallèle, chaque chapitre du roman alternant chaque version de la vie de Ferguson. Quatre Ferguson qui ont les mêmes parents, les mêmes grands-parents, vivent à peu près au même endroit mais vont dans des écoles différentes, ont une vie amoureuse différente, suivent des parcours différents, vivent des événements historiques différents … Vous êtes toujours là ? Et oui ! Schizophrènes s'abstenir !
Avec 4 3 2 1, Paul Auster écrit LE livre de toutes les performances. Performance structurelle d'abord, ça vous l'avez déjà compris. Performance stylistique ensuite : des phrases très longues, très denses mais passionnantes, rythmées et d'un équilibre parfait. Performance créative encore : des dizaines et des dizaines de personnages rencontrés dans les différentes vies de Fergusson. Performance culturelle enfin : des centaines de références à des films, des livres, des tableaux, des événements historiques, des lieux, …. Bref, un foisonnant portrait des Etats-Unis du début du XXe siècle jusqu'au début des années 70.
Je vais m'empresser d'ajouter 4 3 2 1 aux livres que j'emmènerais sur une île déserte. Il me faudrait bien y séjourner dix ans pour maîtriser les quatre destins de Ferguson et approfondir toutes les références historiques et culturelles rencontrées.
Alors, pourquoi seulement une note de 4,5/5 au lieu de 5/5 me direz-vous ? Que le maître me pardonne, je ne suis pas digne de son talent. J'ai saturé dans les 100 dernières pages, pressée d'arriver au bout de l'Amérique des années 70. Vivement ma retraite que je puisse plonger à nouveau dans les vies de Ferguson.
Quatrième de couverture
À en croire la légende familiale, le grand-père nommé Isaac Reznikoff quitta un jour à pied sa ville natale de Minsk avec cent roubles cousus dans la doublure de sa veste, passa Varsovie puis Berlin, atteignit Ham- bourg et s’embarqua sur l’Impératrice de Chine qui franchit l’Atlantique en essuyant plusieurs tempêtes, puis jeta l’ancre dans le port de New York au tout premier jour du XXe siècle. À Ellis Island, par une de ces bifurcations du destin chères à l’auteur, le nouvel arrivant fut rebaptisé Ferguson. Dès lors, en quatre variations biographiques qui se conjuguent, Paul Auster décline les parcours des quatre possibilités du petit-fils de l’immigrant. Quatre trajectoires pour un seul personnage, quatre répliques de Ferguson qui traversent d’un même mouvement l’histoire américaine des fifties et des sixties. Quatre contemporains de Paul Auster lui-même, dont le “maître de Brooklyn” arpente les existences avec l’irrésistible plaisir de raconter qui fait de lui l’un des plus fameux romanciers de notre temps.