Mille petits riens - Jodi Picoult - Actes Sud, 2018.
- Admin
- 11 févr. 2018
- 3 min de lecture


Merci aux éditions Actes Sud et à Babelio pour l'envoi de ce livre dans le cadre d'une masse critique privilégiée. Mille petits riens paraîtra en librairie le 7 mars 2018. ++++
Etes-vous raciste ? Quelle que soit votre réponse, qu'elle vous vienne spontanément ou pas, cette question directe va très certainement vous mettre mal à l'aise. Et c'est exactement ce que cherche Jodi Picoult à travers ce roman engagé. En ouvrant ce roman, vous allez traverser l'Atlantique et vous retrouver aux Etats-Unis en 2015 dans la banlieue de New York sous la présidence Obama. Avec ce récit en « je », vous allez alternativement entrer dans la peau de Ruth, de Turk et de Kennedy. Ruth est sage-femme depuis 20 ans et est accusée par Turk et sa femme d'avoir commis une faute professionnelle ayant entraîné le décès de leur bébé. Kennedy est avocate et s'engage à défendre Ruth lors de son procès. Votre Honneur, ceci pourrait sonner comme une bonne fiction classique au scénario déjà vu et revu. Objection ! Il se trouve que Ruth est noire, Turk est un supremaciste blanc et Kennedy est une femme blanche, pétrie de bonnes intentions. Caricatural ? Invraisemblable ? Dutout ! Vous voilà « simplement » plongé sans préavis au coeur du sujet le plus tabou de l'Amérique contemporaine, le racisme, un sujet tellement tabou que l'appareil judiciaire n'aborde jamais la question raciale dans un tribunal. Jodi Picoult, elle, n'a pas peur de vous emmener là où vous n'avez pas très envie d'aller. Elle vous pousse à l'introspection, vous force à ouvrir les yeux et vous met face à vos propres connaissances, croyances, préjugés, ... C'est ce qui m'a particulièrement plu dans ce roman, cette invitation, à travers une fiction, à nous pencher sur des questions de société, à faire preuve de clairvoyance. Une fois de plus, je sors d'un de ses romans plus avertie, grandie avec des raisons nouvelles de me questionner sur mon époque, ma place dans cette époque et ma relation aux autres. Comme toujours, l'écriture de Jodi Picoult est limpide, facile d'accès et porteuse de quelques beaux moments d'émotion. J'ai trouvé toute la partie consacrée au procès particulièrement réussie et haletante. Même si j'ai moins apprécié les revirements de dernière minute (on est tout de même au pays de Mickey !), je salue son ambitieux travail de recherche, sa volonté de participer à la lutte contre le racisme passif avec sa plume intelligente et optimiste. C'est en accomplissant « mille petits riens » que s'éveillent les consciences. Je salue également l'audace et la prise de risque. Lorsqu'une femme blanche privilégiée s'adresse à un lectorat essentiellement composé de femmes blanches, se mettre dans la peau d'une femme noire est plutôt un exercice périlleux. A mes yeux, Jodi Picoult s'en sort plutôt bien même si j'ai trouvé le personnage de Ruth un peu trop « pédagogue » à certains égards. Mais sans doute en avons-nous bien besoin ! En bref, une lecture plus que nécessaire, même si vous n'êtes pas Américain(e) car la question des relations interraciales et de l'équité de nos actes nous concerne tous, quelle que soit la couleur de notre peau.
Quatrième de couverture
Ruth est sage-femme depuis plus de vingt ans. C'est une employée modèle. Une collègue appréciée et respectée de tous. La mère dévouée d'un adolescent qu'elle élève seule. En prenant son service par une belle journée d'octobre 2015, Ruth est loin de se douter que sa vie est sur le point de basculer. Pour Turk et Brittany, un jeune couple de suprémacistes blancs, ce devait être le plus beau moment de leur vie : celui de la venue au monde de leur premier enfant. Le petit garçon qui vient de naître se porte bien. Pourtant, dans quelques jours, ses parents repartiront de la Maternité sans lui. Kennedy a renoncé à faire fortune pour défendre les plus démunis en devenant avocate de la défense publique. Le jour où elle rencontre une sage-femme noire accusée d'avoir tué le bébé d'un couple raciste, elle se dit qu'elle tient peut-être là sa première grande affaire. Mais la couleur de peau de sa cliente, une certaine Ruth Jefferson, ne la condamne-t-elle pas d'avance ?