Le courage qu'il faut aux rivières - Emmanuelle Favier - Albin Michel, 2017.
- Admin
- 30 nov. 2017
- 2 min de lecture


J’adore quand le Père Noël passe avant l’heure, à l’improviste !
Après m’être perdue ces derniers jours dans plusieurs romans que je n’ai pas jugé intéressants au point de les partager avec vous, la lecture du premier roman d’Emmanuelle Favier, en même temps que l’arrivée des premiers flocons de neige, est une vraie bouffée d’oxygène, un changement de climat littéraire, un cadeau intellectuel sous le sapin fraîchement installé.
Dès le titre, je fus séduite. Dès les premières pages, je fus envoûtée.
Honnêtement, ne trouvez-vous pas que ce titre sonne déjà comme la promesse d’une histoire à creuser et la preuve d’une belle sensibilité au pouvoir d’évocation de la langue française ?
La langue française, justement, Emmanuelle Favier, sait la manier, la ciseler pour créer des métaphores évocatrices pleines d’odeurs, de matières, de sentiments, de mystères.
Le sujet du roman est d’une originalité folle, la manière de le traiter l’est encore plus. Et pourtant, l’auteure touche du doigt une réalité, celle des « vierges jurées ». Si, comme moi, vous ne savez pas qui elles sont , allez-y, faites comme les rivières, creusez pour aller plus loin! Vous allez entrer dans les arcanes du droit coutumier, des dettes de sang, de la vie de clan dans les villages de montagne au nord de l’Albanie.
Mais n’ayez crainte. L’auteure ne commet par l’erreur d’en faire un documentaire car elle tient à « conserver la pleine liberté de l’imaginaire ». Un choix que j’apprécie particulièrement tant je crois en la capacité du roman à nous sensibiliser, bien mieux que n’importe quelle thèse universitaire, aux grandes questions de nos sociétés contemporaines.
En effet, à l’heure des débats sur l’écriture inclusive, Emmanuelle Favier m’a ramenée aux fondamentaux. Qu’est-ce que l’identité ? Comment être une femme, jusqu’où peut-on accepter de ne plus en être une en apparence pour pouvoir survivre dans un monde d’hommes ?
Je ne dirais pas que ce livre est un coup de cœur total car mon enthousiasme est un peu retombé quand l’histoire a ralenti au milieu du livre. Cependant, la belle écriture d’Emmanuelle Favier m’a permis de rester à bord et de patienter, curieuse de voir quel destin elle réservait à ses personnages. Je ne fus pas déçue. Ce qui, dans un autre roman, aurait sonné comme une fin « un peu facile », prend ici une dimension tout autre. La dimension de l’universalité de la femme, de celle qui choisit de se tenir debout, de faire face, de braver la tradition et les interdits.
Et on en revient toujours à la même chose s’il est encore besoin de le redire : être une femme dans un monde d’hommes est un combat permanent.
Un très très bon premier roman. Alors, allez-y, plongez ! La rivière est froide mais vivifiante.
Quatrième de couverture
Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité.