No Home - Yaa Gyasi - Calmann-Lévy, 2017
- Admin
- 11 févr. 2017
- 2 min de lecture


Un article élogieux paru dans le magazine « Lire » de février a piqué ma curiosité et m’a incitée à plonger dans ce premier roman écrit par une jeune auteure de 27 ans. Yaa Gyasi est ghanéenne et a émigré à l’âge de deux ans aux Etats-Unis.
J’ai dévoré les 120 premières pages et mon respect total pour cette écrivaine a atteint son apogée avec les 80 dernières ! Mais quel talent ! Ce qu’elle nous propose ici en 400 pages témoigne d’une incroyable maturité littéraire et d’un don certain pour toucher les coeurs et raconter la grande Histoire à travers une série de personnages les plus attachants les uns que les autres.
Parce que, voyez-vous, Yaa Gyasi s’est mise en tête (excusez du peu !) de raconter l’histoire de la condition noire, depuis l’esclavage au XVIIIe siècle en Afrique jusqu’aux ghettos de Harlem de nos jours. Pesant me direz-vous ? Et bien, pas dutout. C’est la que réside son talent de conteuse ! Yaa Gyasi met en scène deux sœurs, nées de la même mère mais pas du même père au Ghana au XVIIIe siècle. L’une est envoyée comme esclave aux Etats-Unis, l’autre marie un colonel anglais et reste en Afrique. Les chapitres alternent les histoires des deux branches de la famille que l’on suit pendant trois siècles.
Grâce à un arbre généalogique en début d’ouvrage, il est facile de s’y retrouver. Le style est maîtrisé, simple d’accès et on entre très vite en empathie avec les personnages. Je devine le travail de documentation énorme et le talent pour ne pas rendre tout cela aride. Je devine aussi l’obsession de l’auteure à retrouver ses racines et à s’interroger sur le parcours et la condition de ses aïeux.
Cette écrivaine m’a tant émue que je ne résiste pas à l’envie de vous donner un extrait des remerciements qu’elle adresse à ses proches en fin d’ouvrage :
« Je dois tout à mes parents, Kwaku et Sophia Gyasi, qui, comme tant d’immigrants, sont le symbole même du travail acharné et du sacrifice. Merci d’avoir dégagé un chemin pour qu’il nous soit plus facile de marcher…. ».
Quatrième de couverture
XVIIIe siècle, au plus fort de la traite des esclaves. Effia et Esi naissent de la même mère, dans deux villages rivaux du Ghana. La sublime Effi a est mariée de force à un Anglais, le capitaine du Fort de Cape Coast. Leur chambre surplombe les cachots où sont enfermés les captifs qui deviendront esclaves une fois l’océan traversé. Effi a ignore que sa soeur Esi y est emprisonnée, avant d’être expédiée en Amérique où des champs de coton jusqu’à Harlem, ses enfants et petits- enfants seront inlassablement jugés pour la couleur de leur peau. La descendance d’Effia, métissée et éduquée, connaît une autre forme de souffrance : perpétuer sur place le commerce triangulaire familial puis survivre dans un pays meurtri pour des générations.
Navigant brillamment entre Afrique et Amérique, Yaa Gyasi écrit le destin d’une famille à l’arbre généalogique brisé par la cruauté des hommes. Un voyage dans le temps inoubliable.